Escherichia coli (E. coli)
D’où vient la bactérie tueuse E. Coli ?
En mai 2011, une bactérie "tueuse" de la famille Escherichia Coli, pathogène pour l’homme, a provoqué, en Allemagne, une épidémie d’hémorragies intestinales potentiellement mortelles, infectant 3000 personnes en Europe. Accompagnées de crampes abdominales très douloureuses, les diarrhées et les fièvres peuvent provoquer une insuffisance rénale et des troubles neurologiques conduisant à des paralysies et à la mort.
Ce nouvel agent pathogène est le clone hybride d’une espèce rare (0104 : H4), résistante aux antibiotiques (il faut savoir qu’on utilise des gènes de résistance aux antibiotiques quand on fabrique des OGM), qui n’avait jamais été observé jusqu’ici dans une épidémie.
D’où vient ce nouveau spécimen ? Probablement d’un transfert génétique horizontal », au cours duquel deux microbes de souches différentes ont échangé des portions d’ADN. Selon la revue Science, 0104 : H4 posséderait ainsi, en plus des gènes de E. coli, un fragment de gène de Salmonella Enterica, susceptible de provoquer la salmonellose.
Qui est responsable ?
L’agrobusiness multiplie les manipulations génétiques et les intrants chimiques. Ce système de production alimentaire globalisé, qui se développe depuis une trentaine d’années, nous a déjà apporté la maladie la vache folle, la grippe aviaire... Des investisseurs réalisent des profits énormes en industrialisant et en concentrant de plus en plus la production, le transport, le stockage, le conditionnement et la distribution de notre nourriture. Et le conditionnement, obligatoire pour faire voyager nos aliments sur de longues distances introduit d’autres inconnues.
Vecteurs : graines germées ? Concombres ? Ruminants ? Hamburgers ?
Si le vecteur de transmission est vraisemblablement un aliment cru, il n’a pas encore été identifié : un légume, un fruit, une farine, un fromage ? Une viande mal cuite peut tout simplement être directement responsable. Car E. Coli n’est pas naturellement présente sur un fruit, un légume, une graine. S’ils sont vecteurs, ce n’est que par contamination.
Nous avons affaire à un E. Coli d’origine humaine. Mais un bovin peut être porteur sain, un légume peut-être arrosé avec de l’eau souillée ...
Les épidémies d’hémorragie intestinale liées à certaines souches d’ E. coli sont connues depuis une trentaine d’années aux Etats-Unis, où elles affectent 110 000 personnes par an, même si les souches impliquées sont moins virulentes que le bacille de « Hambourg ».
Aux Etats-Unis, une étude du Centre de prévention et de contrôle des maladies (CDC), publiée en septembre 2009, estime que 42% des patients ont contracté une hémorragie intestinale à E. coli en consommant de la viande. On l’y appelle d’ailleurs la « maladie du hamburger ».
Les grands élevages industriels en batterie sont à présent de formidables incubateurs d’E.Coli. : depuis une dizaine d’années, la prolifération de ce bacille est considérablement dopée par les nouvelles méthodes d’engraissage (notamment à base d’ensilage de maïs) qui permettent une prise de poids rapide des bêtes, mais modifient leur flore intestinale. Un an après son émission, on peut retrouver E. Coli sur une bouse de vache ... (ANSES) Et la concentration de germes dans des espaces confinés accroît la probabilité de leur mutation, produisant et disséminant de nouveaux bacilles.
Pourquoi est-il si difficile de comprendre ce qui se passe ?
Avec la mondialisation, les circuits sont complexes, globalisés, extrêmement difficiles à tracer. Saviez-vous que, pour réduire les coûts, les légumes sont cultivés dans un pays, nettoyés dans un autre, empaquetés dans un troisième ? Que les crevettes que nous mangeons ont pris l’avion pour aller se faire décortiquer au Maroc ? Les risques deviennent trop sérieux. Il nous faut rompre avec la logique du profit privé et instaurer d’urgence une politique alimentaire qui réponde aux intérêts de l'humanité et de son environnement.
Pour l’avenir de nos enfants, soutenons ces organisations paysannes liées à Via Campesina (Uniterre en Suisse, Confédération Paysanne en France) qui tentent d’instaurer un concept de «souveraineté alimentaire», qui ne serait pas réductible à une politique commerciale. Ce concept du "bon sens" rapproche : la défense de la santé des consommateurs (sécurité de l’alimentation), des conditions sociales de production correctes (petite agriculture paysanne) et des préoccupations écologiques (culture biologique de proximité).
Car s’alimenter est un geste vital, que l’on reproduit trois fois par jour. Les terres agricoles et leurs produits sont les biens communs les plus essentiels de l'humanité. Protégeons-les.
Sources : D’après J. Batou, Confédération Paysanne, Christine Martin, ANSES.
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